Le mot « liquoreux » fait fuir ceux qui le croient forcément lourd et sucré jusqu'à l'écœurement. Ce vin de glace leur donne tort. Il nous vient de chez Anselmann, l'une des plus grandes maisons familiales du Palatinat (Pfalz), en Allemagne.
Le riesling y déploie le coing, l'orange et la pomme mûre, relevés d'une pointe de pêche de vigne et de mangue. La douceur est bien là, mais l'acidité du cépage la tend comme un fil et l'empêche de coller au palais. Servez-le bien frais sur un foie gras poêlé, une tarte aux fruits peu sucrée, ou seul à la fin du repas, en guise de dessert.
Le vin de glace est un pari sur l'hiver. Il faut attendre que le thermomètre plonge sous les -7°C pour récolter les raisins gelés sur la vigne, puis les presser tant qu'ils sont durs : l'eau reste prisonnière en cristaux de glace, seule s'écoule une goutte de jus surconcentré. Quelques larmes par grappe, d'où la petite bouteille.
Anecdote intéressante : la famille Anselmann cultive la vigne dans le Palatinat depuis près de neuf siècles. Certaines années, le gel salvateur ne descend jamais assez bas, et le vigneron mise alors une partie de sa récolte sur une nuit de grand froid qui, parfois, ne viendra pas. Chaque bouteille est le fruit d'un coup de dé gagné contre la météo, et c'est aussi ce qui la rend précieuse.