Le Riesling, on le croit prisonnier des coteaux du Rhin ou des collines alsaciennes. Il s'épanouit pourtant ici à quatre kilomètres du Pacifique, dans le village de Lo Abarca, au creux de la vallée de San Antonio, au Chili. C'est l'un des vignobles les plus proches de l'océan du pays, balayé par les brumes côtières et posé sur des sols crayeux.
Ce que le froid de l'océan donne au verre, c'est une tension électrique. Les arômes se déploient sur le citron vert, le pamplemousse et la fleur blanche, avec cette pointe saline qui rappelle l'air marin tout proche. Imaginez une vague qui claque sur les galets : voilà la sensation, vive et droite. À table, il appelle un ceviche, des huîtres ou une cuisine asiatique relevée, là où sa fraîcheur fait office de couteau.
Derrière le domaine, il y a María Luz Marín, qui a planté ses vignes à Lo Abarca contre l'avis de tous les experts de l'époque, persuadés que ce coin trop frais et trop venté ne mûrirait jamais. Elle a eu raison : la fraîcheur qu'on lui promettait fatale est devenue sa signature.
Anecdote intéressante : María Luz Marín est considérée comme l'une des premières femmes du Chili à fonder et diriger sa propre cave, dans un milieu alors presque exclusivement masculin. Ce Riesling, c'est cette audace mise en bouteille : un blanc pour celles et ceux qui aiment les vins tendus et salins, qui réveillent le palais plutôt que de le bercer.