Du vin rouge chinois, vraiment ? L'idée fait encore sourire, et c'est bien dommage. Sur la péninsule de Yantai, dans le Shandong, face à la mer Jaune, la maison Changyu aligne les ceps européens depuis la fin du XIXe siècle et signe ici l'un des visages les plus attachants du rouge chinois.
La cuvée Phoenix mise sur le Cabernet Gernischt, cépage emblématique du pays dont on a découvert qu'il s'agit du jumeau génétique du Carménère. On y retrouve sa griffe : des fruits rouges mûrs, une épice douce et cette note de poivron qui le rend reconnaissable entre tous. Souple et rond, il accompagne sans complexe un canard laqué, des travers de porc caramélisés ou un plateau de charcuteries.
Le nom Phoenix n'est pas qu'une image : il évoque la renaissance d'une viticulture que la maison a littéralement fait sortir de terre. Son fondateur avait importé des centaines de plants européens qui dépérissaient, avant de les greffer sur des vignes sauvages du nord-est de la Chine pour qu'ils survivent enfin au climat.
Anecdote intéressante : c'est avec ce même Cabernet Gernischt que Changyu a produit le tout premier vin rouge sec de Chine, ouvrant la voie à toute une industrie. Déboucher cette bouteille, c'est goûter un morceau d'histoire viticole méconnu, et tenir la conversation toute trouvée pour votre prochain dîner.